Au menu : Limaces !

Non, je ne suis pas en train de vouloir vous convaincre de manger les mollusques du potager à la persillade, par douzaines, afin de protéger vos plantules !
Je n’essaye pas non plus de lutter contre la faim dans le monde en échangeant la côte de bœuf contre une assiette de limaces grillées (… même si l’idée est peut être à retenir…).

C’est plutôt que, devant l’animal en question, j’étais comme la plupart des jardiniers : moins j’en voyais, mieux je me portais. Les traces de bave brillante sur le feuillage des fraisiers avaient tendance à me contrarier, ainsi que la disparition nocturne des plus tendres plants de salade.

« La bière ! » entends-je vous dire. « Elle n’avait qu’à pas tout boire elle-même ! »
Ou alors : « La cendre ! Elle n’avait qu’à pas tout utiliser pour la lessive qu’elle nous rabâche depuis des mois ! »

Oui oui, il y a beaucoup de méthodes pour lutter contre les attaques dévastatrices, de la chasse nocturne à la lampe torche jusqu’à l’utilisation de molécules soit-disant inoffensives pour l’environnement et les animaux vertébrés. Soit-disant, je dis.

Mais : la plupart du temps, le jardinier s’épuise avant le mollusque, et les limaces continuent de surgir de nulle part, des générations spontanées, illimitées.

Plus chez nous.
Du tout.
A croire que ces bêtes n’ont jamais existé.
Sans bière, sans sueur, sans chimie.

Nos tue-limaces sont devenus nos amis, embellissent notre jardin et pondent même des œufs !
Ils s’appellent « Bec » et « Plume » pour les intimes, sinon, plus globalement « canards coureurs indiens ».
Vous voyez ? Les canards qui se tiennent tout droits comme des pingouins !

 

 

Il furent introduits au 19ème siècle, pour la réputation des canes d’être de bonnes pondeuses. En effet, leur production est comparable à celle d’une poule, allant jusqu’à 180 œufs par an, les œufs étant légèrement plus gros, avec un plus grand jaune et d’un goût très proche de l’œuf de poule.
Aujourd’hui, ce sont les jardiniers et maraîchers en permaculture qui se tournent de nouveau vers cette variété de canard, car elle raffole de limaces et d’escargots, ainsi que de leurs œufs.
Aussi bien qu’en Autriche il existe des systèmes de location de canards coureurs !
Ce sont des volailles légères, rustiques et dont l’élevage se fait sans contraintes majeures, à condition d’avoir un bout de jardin avec de l’herbe, un petit abri pour les protéger des prédateurs et des intempéries (quoiqu’ils préfèrent rester dehors même lors de températures négatives), ainsi que d’un petit bassin pour se baigner, mais sans nécessité d’avoir une véritable mare.

Chez nous, en mode « récup » et « petit budget », ils ont un ancien bac à sable pour piscine et une niche de chien pour abri, les deux achetés par petite annonce, pour 25€ le tout. Plus un bout de grillage de 50cm de haut pour les empêcher de sortir du jardin, en sachant que leur morphologie ne leur permet pas de voler. Ceci dit, ils ne cherchent pas tellement à s’en aller.

Trouver les canards fut chose plus difficile… Une amie nous les a apportés de l’Oise, finalement, en maudissant sa bonne volonté au bout de trois heures de trajet en voiture, à cause d’un inconfort olfactif majeur, le stress du transport ayant provoqué l’ouverture de certaines vannes corporelles, chez les palmipèdes de compagnie !

Mais quelle joie à l’arrivée ! Les enfants ravis, les parents enchantés, Bec et Plume heureux de se retrouver, pour ne plus jamais se quitter, j’espère !

 

 

Depuis, ils agrémentent le jardin, font l’attraction du quartier, surtout auprès des enfants. Le petit grillage autour du potager a été retiré car les canards ne manifestent aucun intérêt pour les salades. Je protègerai quand même les jeunes pousses juste après les semis, par précaution.
Les canards ne grattent pas de leurs pieds ni de leurs becs, ne piétinent pas beaucoup la végétation, grâce à leur faible poids. Ils préfèrent courir dans l’herbe en chassant des petites bêtes, se baigner dans la piscine, ou alors tapoter de leurs becs contre la baie vitrée de notre salon, en quête de compagnie.
Un peu de blé le matin, de l’amour et de l’eau fraîche et c’est tout. Et, zéro déchets : un petit reste de pâtes, riz ou patates est toujours le bienvenu.

« Et les limaces ? »
« Les quoi ? »
« D’accord. On a compris. Il n’y en a plus. »
« Oui. Il n’y en a plus. »

Même que si vous en avez, vous, des limaces, je veux bien vous les prendre, vivantes, pour faire plaisir à Bec et Plume. Voir des gros escargots qui se font avaler avec même la coquille. C’est impressionnant.

« Et les œufs ? »
Ben… on n’en a pas encore mangé beaucoup… Car Plume avait autre chose en tête, en les gardant au chaud pendant quatre semaines :

 

 

Voilà la relève, les 10 canetons éclos il y a une semaine.

Le Happy End de cette astuce.

 

 

P.S. : Si vous avez envie de les voir, faites-moi signe. Le webmaster me transmettra vos messages.
Si vous voulez en adopter, itou. Il en reste quelques exemplaires, en sachant qu’ils auront besoin de leur mère jusqu’à fin juillet, pour passer leur permis de chasse et obtenir leur diplôme de permaculture.
Ou laissez-moi un petit mot à la coop, à l’occasion de vos courses.

C’est plus mignon que les vers de compost, vous trouvez ?
Moi aussi.

A bientôt,

Ina