Et si on arrêtait ?

Chères lectrices, chers lecteurs,

« Alors ? Qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui ? »
« Pas. »
« On ne fait donc rien ? »
« Non. On ne fait pas. »

Et si nous arrêtions de faire ?

Ces jours-ci, en croisant certains d’entre vous, j’ai souvent entendu : « Merci pour la rubrique. Un jour, je m’y mettrai, à faire tes recettes. »

Alors je me dis, si FAIRE est compliqué, qu’est-ce qu’il en est du NON FAIRE ?

Dans énormément de domaines, en voulant apporter les solutions aux problèmes, nous créons de nouveaux problèmes auxquels nous devons remédier, en nous éloignant de plus en plus d’un état naturel, équilibré, jusqu’à devenir dépendants des procédés inventés.

Un cercle vicieux.

Et si nous arrêtions de faire ?

Non pas comme on arrête de fumer. Mais en cherchant à trouver dans l’action du non-faire l’essence des choses, de L’Être Vivant.

Ça pourrait être le jardinage sans labour.
Les enfants sans école.
L’accouchement sans médicalisation.
Le quotidien sans déchets.
L’existence nomade.
Par exemple.

Nous, on a arrêté les couches.

Vous voulez en partager l’expérience ?

Il y a eu des débats médiatisés concernant les substances chimiques potentiellement nocifs contenues dans les couches jetables.
Il y a eu des débats pour ou contre les couches lavables, en terme d’énergie de fabrication et de production de déchets versus la consommation en eau et en agents lavants, la production d’eaux usées, puis en terme de coût.
On peut lire tout cela facilement sur le net.

Et si on arrêtait ?

Nous ne sommes pas les seuls ni les premiers, bien au contraire. La couche-culotte est un phénomène récent et qui est loin d’être adopté de façon universelle à travers le globe.

Le contre-modèle s’appelle :

L’HYGIÈNE NATURELLE INFANTILE (HNI)

et consiste à communiquer avec l’enfant, dès sa naissance, sur ses besoins d’élimination.
Tout le monde connaît la façon de communiquer, non-verbale, d’un nourrisson qui a faim.
Ce qui est moins connu et nous paraît surprenant est que le nourrisson communique également sur ses besoins d’éliminer, de faire pipi ou caca. Avant de faire.

J’avoue délibérément : quand j’en ai entendu parler pour la première fois, bien avant d’avoir des enfants, j’ai classé l’idée aussitôt dans la case « hurluberlus allumés », et j’ai fermé mon tiroir à préjugés.

Mais quand Yoakim, pendant ses premières semaines de vie, a presque systématiquement fait ses besoins au moment du change et exprimé un bien-être à éliminer en dehors de sa couche, nous avons commencé à observer, à écouter, à le laisser gigoter les fesses à l’air.
Puis, nous avons commencé à lui proposer de faire, à l’aide d’une position caractéristique et ergonomique, au moment du réveil, de la tétée etc. Dans un petit pot, les toilettes, l’évier…

Nous avons du effectuer certains changements au niveau vestimentaire : fini les bodies, trop long à ouvrir, fini les pantalons et pyjamas. Petit à petit, nous sommes arrivés à la ceinture élastique, tenant un bout de tissu à pouvoir d’absorption à l’entrejambe, présentant l’avantage de pouvoir être retiré très rapidement, quand le bébé semble exprimer le besoin d’éliminer.
Pour affronter le climat moyennement clément, la tenue a été complétée par un maillot de corps en laine et soie, un pull en polaire de laine et des jambières.
(Ce n’est pas si archaïque: il en existe des rigolos, colorées, comme des sobres et classiques, selon les goûts et l’humeur. On appelle ça des Babylegs. La taille est unique, pratique pour le budget.)

Ça paraît étrange, mais notre entourage s’y est habitué.
Bien sûr, il y a eu des hauts et des bas, des mares parterre et des fuites de la couche minimaliste.
Le but n’étant pas la propreté précoce.
Ni même le fait de ne jamais mettre de couches.
Certains parents « bébé sans couche » n’en mettent effectivement jamais, d’autres parfois , d’autres toujours. Le point commun est le fait de ne pas considérer la couche comme l’endroit systématique d’élimination, mais comme la roue de secours, en cas d’impossibilité ou d’indisponibilité, voir de mal-entendu.

Ce qui est passionnant est la communication intuitive qui s’instaure. Le plaisir du bébé de communiquer. Sa capacité innée à contrôler ses sphincters. Notre fierté à décoder, de mieux en mieux.
Ainsi, aussi bien Yoakim que sa petite sœur Linn pouvaient rester plusieurs heures dans l’écharpe de portage sans mouiller une couche, puis faire quatre fois à dix minutes d’intervalle après être sortis du porte- bébé !
Pour cela, aucun commentaire n’a été nécessaire : pas besoin de féliciter bébé. Il ne fait qu’exprimer son besoin naturel.

Pour en revenir à ce que j’ai évoqué initialement : nous apprenons à nos enfants d’être « sales », en les incitant à éliminer dans des couches, à un âge où ils auraient besoin de notre intervention pour exprimer leur propreté naturelle, faute d’autonomie motrice. Nous ignorons leurs signaux, donc ils se résignent et arrêtent de communiquer. Au bout de deux ans, on veut inverser le processus en leur suggérant que la couche n’est pas le lieu approprié pour y faire leurs besoins. Donc message contraire. Et quand ils ont appris cette deuxième leçon par rapport à leurs besoins d’élimination, on se félicite d’avoir enfin des enfants « propres » !

Yoakim est autonome maintenant, il a 20 mois. Petite culotte, pantalon et pot, il met une couche seulement la nuit, pour le confort de ses parents.
Linn a trois mois. Ses derniers gros besoins dans la couche ont eu lieu à ses 4 semaines, il y a deux mois.

Le bilan de cette expérience :

Côté écologie : quelques langes ou torchons par jour, à laver avec le restant de la lessive familiale, car il n’y a pas d’excréments dedans. Impact polluant minime.

Côté bien-être : aucun érythème fessier, aucun besoin de pommade ou autre liniment oléo-calcaire.

Côté finances : nous avons calculé les économies, à terme pour les deux enfants « HNI », avec les aménagements vestimentaires, les couches de nuit et de dépannage. Environ 2400€ d’économies par rapport à la moyenne des enfants en couches jetables (5000 couches par enfant)! Nous nous sommes juste basés sur les couches, sans compter des produits d’hygiène comme les lotions et lingettes.

Côté confort : presque une année de gagnée par rapport à l’âge moyenne d’autonomie d’élimination, situé vers deux ans et demi.

Côté relation : un vrai plaisir d’échange et de communication, un moyen de développer notre sensibilité réciproque.

Quand on nous dit : « Ah, vous voilà repartis dans les couches » on sourit, car le vécu de cette période ne nous est pas pénible.

Et si MOINS en réalité était PLUS ?

Nous, on a arrêté les couches.

Et vous ?

Ina