Lombricompostons !

Dans une autre vie, pas si lointaine, je soignais des chiens, des chats et autres créatures, essentiellement à quatre pattes, en regrettant parfois qu’il n y ait pas plus de biodiversité au sein du cabinet vétérinaire, ni dans les foyers.
Dans cette vie-là, j’héberge depuis quelques semaines un couple d’animaux à plumes dont je vous parlerai prochainement, ainsi que quelques centaines d’individus rampants, qui peuplent un drôle de récipient au sein de mon arrière-cuisine.
Ils appartiennent à l’espèce « Eisenia foetida », ils sont sveltes, agiles et tigrés sur fond rouge et jamais ne fréquentent d’établissement de soins pour animaux domestiques : ce sont des vers de fumier qui peuplent notre lombricomposteur.

L’histoire a commencé avec une visite de la Ferme du Bouquetot, à St. Pierre-Azif, où nous avons rencontré un homme hors du commun qui pourtant s’appelle Damien Toulemonde !

Damien est producteur de lombricompost et nous a présenté son élevage très particulier, de vers de fumier. Il nous a expliqué les bienfaits de ce substrat hautement nutritif au niveau des plantes d’ornements, des vergers et des potagers. Ainsi, afin de fertiliser la terre avant semis, on y incorpore 150g (!) par m2, voir 500g si le sol est réellement appauvri. En repiquage, une petite poignée au fond du trou est suffisante. Et la macération de 100g de lombricompost dans 5L d’eau donne un excellent traitement préventif contre les maladies fongiques (oïdium, mildiou p. ex.).

Jardiniers amateurs, ceci nous intéresse.
Au sein de la partie « bureaux » de la ferme du Bouquetot, nous découvrons « EcoWorms », un lombricomposteur d’appartement, à étages et sur roulettes. Un gadget ? « Non », explique Damien. « Le processus fonctionne de la même façon, à petite échelle, avec des déchets organiques de cuisine. »

C’est tentant… Plus besoin de me mouiller les pieds pour porter mon marc de café au compost du jardin… hop : directement dans le composteur de la cuisine. Avec un super engrais au bout, sans avoir à attendre des mois et des années !
On passe commande, auprès d’une entreprise française qui utilise du plastique recyclé. Okay, okay, on aurait pu le fabriquer nous-mêmes, mais les altern’actives de St Aubin étaient encore loin, et de toute façon j’allais être trop occupée par mon atelier de lessive à la cendre pour suivre le cours de construction du lombricomposteur.

Les vers, on peut se les procurer via un site de partage s’appelant « plus2vers ». On contacte un utilisateur de lombricomposteur près de chez soi, pour obtenir, gratuitement, de quoi démarrer son propre élevage, un peu comme avec le kéfir. Quand on en a, on en a vite de trop…
Ou alors, dans notre cas, on fouille un peu dans le compost au vaste jardin de Catherine, pour y dénicher un bon demi kilo très facilement. (Yoakim se révèle chasseur enthousiaste de vers de fumiers.)

Mais : le démarrage ne s’avère pas si simple : les vers cherchent à s’enfuir en sortant de leur substrat nourricier, se ruant vers le couvercle du récipient.
Trop humide ? Trop sec ? Pas assez d’oxygène ?
Je mesure le pH, apporte de la coquille d’œuf broyée, donne du fil à retordre à Damien, avec toutes mes questions, je remue le tout pour oxygéner : rien.
Puis, je plonge dans le substrat le thermomètre de cuisine de mon boulanger de mari (… ne lui dites pas ! …) pour constater que 30.4°C sont probablement un peu trop chaud pour les Eisenia. Le composteur déménage donc dans l’arrière-cuisine, non chauffée. Problème résolu !

Depuis, le composteur est le chouchou de Yoakim qui apporte à manger aux vers, tous les jours, leur souhaitant « bon appétit » et « bon dodo » avant de refermer le couvercle et les plonger dans leur obscurité préférée. En quelques semaines seulement, le premier module est plein et le deuxième fut démarré. Maintenant, au bout de deux mois environ, les vers sont en pleine forme, se reproduisent et colonisent le deuxième module, le contenu du premier ressemblant déjà à du compost fin et bien décomposé, en temps record. Par le robinet du fond, je tire du « thé des vers », puissant engrais liquide. Je vais devoir supporter encore les différentes orchidées qu’on m’a offertes et pour lesquelles je n’ai aucune sympathie : elles se portent de mieux en mieux…
Donc : les vers vont bien, les plantes vont bien, les enfants adorent, les déchets diminuent. Que du bonheur !

Pour vous donner une idée de la chose, ça ressemble à ça :

Les vers dévorent la moitié de leur propre poids, par jour, en déchets verts.
Et le meilleur : ça ne sent absolument pas ! Ce soir, chez nous, ça se présente ainsi :
Plateau du haut (déchets frais) :

Plateau du bas (déchets partiellement décomposés) :

Pour le potager, on s’approvisionne pourtant chez Damien, le temps d’avoir notre propre première récolte. Si vous voulez en faire autant, Damien Toulemonde nous propose des sacs de cet or du jardinier, par 3 kg (3.96€) ou 10kg (12.54€). A commander à la coopbionacre. Un système de dépôt-vente est envisagé. Pour aller plus loin, on vous joint la notice, avec des explications, dosages et astuces :

Lombricompost 1 Lombricompost 2 Lombricompost 3

Quelqu’un a suivi l’atelier de construction du lombricomposteur aux Altern’actives ? Ce serait bien de publier, ici même, le plan de construction. Avis aux amateurs.

Et : si vous avez besoin de vers, faites-nous signe !

A bientôt, promis, je vous raconterai mes bêtes à plumes !

Animalicalement vôtre,

Ina